Apprenons à métaboliser nos émotions

 

Article de Psychologie Magazine - Mai 2015

Il y a quelques semaines, une dame me dit qu’elle est à la recherche d’un spécialiste de la médecine des émotions. Deux jours plus tard, j’entends un psychiatre parler de la nécessité de bien gérer les émotions. Et, ce matin, je lis un article sur les nouvelles thérapies des émotions. Mais d’où vient cette idée qu’il faut soigner les émotions ? Éprouver des émotions serait-il le signe d’une pathologie ? « Gérer », « traiter », « guérir » sont-ils des mots appropriés pour parler de la bonne attitude à adopter face à nos émotions ? Je pense que non.

Le concept d’une « médecine des émotions » me paraît révéler une profonde méconnaissance à propos de ce qu’elles sont et, surtout, de ce que nous pouvons en faire. Il faut dire que nous sommes les héritiers d’une culture qui a longtemps diabolisé les phénomènes émotionnels, considérant que ceux-ci perturbaient la sacro-sainte rationalité. Des générations avant nous ont tenté de les maîtriser, de les refouler, voire de les nier. Puis des chercheurs comme Antonio Damasio ont montré que, sans elles, il ne pouvait pas y avoir de véritable rationalité. Car nos émotions sont de l’information ; elles nous renseignent sur la qualité de nos expériences. Elles sont agréables (joie, enthousiasme) quand ce que nous percevons ou ce que nous pensons est bon pour nous. Elles sont désagréables (peur, colère, tristesse) dans le cas contraire. Chacune de nos perceptions génère une émotion qui devient un sentiment qui alimente nos pensées. Et, en retour, chacune de nos pensées génère une émotion qui se manifeste dans notre corps et donne lieu à une perception.

 

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Ne redoutez pas (trop) les résultats médicaux

 

Article de Psychologie Magazine - Avril 2015

atteinte d’un cancer du sein. Malgré les meilleurs traitements, la maladie s’est étendue aux os et aux poumons. Dès lors, Florence se soumet régulièrement à des tests sanguins et à des examens radiologiques qui permettent de suivre l’évolution des métastases et,  dans la foulée, d’adapter les traitements destinés à ralentir leur progression.

Un jour, elle m’appelle, très angoissée. «Ces tests et ces traitements ont certainement contribué à me maintenir en vie, me dit-elle. Pourtant, je voudrais arrêter de me faire suivre de façon aussi régulière car, chaque fois que la date des examens médicaux approche, je vis un enfer. Et l’attente des résultats est encore pire. J’ai alors l’impression que la vie me quitte, je ressens un grand vide dans mon corps; la joie et l’enthousiasme qui m’aident à tenir le coup disparaissent; je rumine des idées noires, j’imagine le pire et j’ai très peur. Je suis convaincue que tout ce stress n’est pas bon pour ma santé!» En écoutant le désarroi de Florence, je me rappelle celui que j’ai éprouvé, il y a une quinzaine d’années, pendant que j’atten dais le résultat d’un test de dépistage du VIH. J’avais alors été stupéfait de constater comment, en quelques heures, parce que je m’étais imaginé que ce test serait positif, j’étais passé d’un état de pleine forme physique et psychique à un état d’anxiété extrême, puis de dépression. J’avais, moi aussi, eu l’impression que la vie me quittait.

 

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Le yoga vaut bien un ministère

 

Article de Psychologie Magazine - Mars 2015

L’information n’est pas passée inaperçue dans la presse internationale : au mois de novembre dernier, le nouveau Premier ministre indien, Narendra Modi, a annoncé la création d’un ministère consacré aux médecines et pratiques traditionnelles telles que l’ayurvéda, le yoga, l’unani, le siddha et l’homéopathie. Certains journalistes occidentaux y ont vu une tentative des nationalistes hindous – dont fait partie Modi – de favoriser la culture dominante face à la minorité musulmane. D’autres ont suspecté une volonté de prosélytisme de la part d’un Premier ministre fervent pratiquant du yoga. Il est vrai que, deux mois auparavant, l’homme avait demandé à l’ONU d’envisager l’instauration d’une journée mondiale du yoga. Une proposition qui, entre-temps, a reçu le soutien de l’Union européenne par la voix de son président. Toutefois, il me semble que parler de favoritisme, de volonté d’hégémonie ou de prosélytisme ne rend pas objectivement compte de la situation.


En effet, s’il est vrai que le yoga et la médecine ayurvédique sont très liés à la religion hindouiste, dont se réclament 80 % des Indiens, ce n’est absolument pas le cas des autres médecines incluses dans le nouveau ministère. L’unani est une médecine préventive et curative très populaire, héritée de la Grèce antique, développée par les Arabes et importée en Inde par les Perses. Le siddha est une médecine plusieurs fois millénaire apparue bien avant l’hindouisme et toujours pratiquée, notamment dans l’État du Tamil Nadu.

 

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Ouvrons notre coeur

 

Article de Psychologie Magazine - Février 2015

Consternation, incrédulité, colère, peur, dégoût, tristesse. Envie de vomir, de pleurer, de fuir. Envie de tuer. Voilà les états d’âme et d’esprit par lesquels, comme beaucoup sans doute, je suis passé, en apprenant la barbarie qui s’est produite le 7 janvier, à Paris. Et puis je me suis demandé comment de jeunes hommes éduqués au sein d’une nation civilisée comme la France avaient pu en arriver à cette horreur. Comment des enfants qui ont grandi dans un pays de liberté avaient pu commettre une telle atrocité et détruire les fondements mêmes de ce qui leur avait permis d’exister. Bien sûr, les intégristes de tous bords sont capables des pires endoctrinements. Bien sûr, la haine qu’ils encouragent plonge ses racines dans la vase de certaines humiliations du passé. Bien sûr, on peut expliquer la violence qu’ils propagent comme une réponse à des injustices réelles ou fantasmées. Mais cela n’explique pas tout. Les causes de la détestation d’autrui sont multiples. Pourtant, elles ont un antidote simple et universel : l’amour. L’Amour avec un A majuscule : l’acceptation inconditionnelle de soi et des autres.

Pour être capable d’un tel amour, il faut se connaître de l’intérieur, puis s’ouvrir aux autres, découvrir que l’on n’est pas fondamentalement différent d’eux ; et prendre conscience que l’on a tous les mêmes besoins essentiels d’être aimés, de se sentir en sécurité et de vivre apaisés. Cela suppose de ne pas tomber dans le piège des théories que l’on invente pour justifier le désir de se démarquer, de tirer un avantage et de dominer. Nous devrions nous méfier de nos théories.

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Aimer c'est aider l'autre à relâcher ses tensions

 

Article de Psychologie Magazine - Janvier 2015

Camille a 17 ans. Depuis deux semaines, elle n’arrête pas de pleurer. Elle ne parvient plus à dormir. Elle est incapable d’étudier. À plusieurs reprises, elle s’est évanouie, faisant ce que l’on appelle une syncope vagale. Ses parents – des amis – ne savent pas comment réagir face à la détresse de leur fille. Ils précisent lui avoir dit qu’elle devait se détendre. « Sois zen, ma chérie ! » Je leur propose de rencontrer Camille. Un rendez-vous est pris dans un bar où la jeune fille a ses habitudes. « Plus mes parents me disent de me détendre, plus je suis angoissée car je n’y parviens pas », m’expliquet‑elle. De retour chez moi, j’appelle mes amis.

Ceux-ci m’affirment qu’ils n’ont aucunement l’intention de mettre la pression sur leur fille : « Nous l’avons toujours laissée faire ce qu’elle voulait ! » Ce que Camille veut, c’est être la meilleure, réussir brillamment son bac et passer le concours d’entrée d’une grande école. Elle est prête à tous les sacrifices pour parvenir à obtenir, un jour, un haut poste dans la fonction publique ou la finance.

En écoutant Camille me raconter son plan de vie, j’ai l’impression d’entendre parler ses parents. Cette façon de valoriser la performance intellectuelle. Cette conviction que le bonheur passe par la reconnaissance sociale. Cette fascination pour la réussite matérielle. Tout y est. Camille me paraît parfaitement endoctrinée. Pourtant, enfant, elle passait son temps à dessiner et à danser. J’imaginais alors qu’elle choisirait une voie artistique. « Je ne danse plus, je ne dessine plus. Je n’ai plus de temps pour cela », constate-t-elle.

 

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Vaccination Anti-HPV - La liberté de choisir

 

Article de Psychologie Magazine - Décembre 2014

Depuis quelques semaines, une pétition circule sur Internet afin de s’opposer au projet de rendre obligatoire le vaccin contre le papillomavirus (HPV) pour toutes les filles et tous les garçons, dès l’âge de 9 ans1. De nombreuses mères de famille s’interrogent. Doivent-elles faire vacciner leurs enfants ? Devraient-elles l’envisager pour elles-mêmes ? Les partisans de la vaccination anti-HPV pour tous les enfants avant la puberté insistent sur le fait que le virus est sexuellement transmissible, qu’il infecte plus de 80 % des femmes et que sa responsabilité est démontrée dans l’apparition du cancer du col de l’utérus – environ trois mille nouveaux cas et mille décès par an, en France. Ils diffusent des messages de sensibilisation qui laissent croire que la vaccination assure une protection totale contre le virus, donc contre le cancer. Et ils recommandent de vacciner les filles et les garçons avant tout rapport sexuel, car le vaccin ne protégerait plus aussi bien contre la maladie une fois l’infection installée.

Les adversaires de la vaccination obligatoire réfutent cette argumentation en rappelant que 90 % des femmes infectées par le HPV guérissent spontanément et que, parmi les 10 % chez lesquelles l’infection perdure, les lésions précancéreuses qui peuvent apparaître au niveau du col utérin régressent de façon spontanée dans 30 à 60 % des cas. Ils rappellent également que les lésions persistantes peuvent être détectées par un frottis vaginal qu’il est recommandé d’effectuer au moins une fois tous les deux ans, que ce dépistage permet un traitement précoce des lésions et une prévention efficace du cancer, ...

 

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Logique névrotique

psycho bel 2012 maiArticle de Psychologie Magazine - Septembre 2012

Septembre. Que de souvenirs associés à ce mois de rentrée des classes. La cour de récréation, mes camarades, nos jeux, nos joies, nos disputes aussi, nos pleurs et le sentiment de désespoir qui les accompagnait. Le monde de l'enfance est un monde cruel et sans pitié où les rapports interpersonnels sont vécus au premier degré, noyés dans l'émotion sans être passés à travers le filtre de la raison. Un monde de vérité où il n'est pas permis de tricher. Je me rappelle de Thibault que nous appelions « le marsien ». Il passait son temps seul, à l'écart, persuadé que les autres écoliers ne l'appréciaient pas et n'accepteraient jamais de l'inclure dans leurs jeux. C'était pourtant un garçon formidable, doté d'une imagination débordante, extrêmement sensible. Probablement trop sensible. À force d'avoir peur d'être rejeté par les autres, il s'excluait lui-même et finissait par provoquer le rejet qu'il redoutait. Convaincu qu'il n'y avait pas de place pour lui, il ne prenait pas sa place et laissait les autres occuper le terrain ce qui, au bout du compte, lui permettait d'affirmer qu'il avait raison de penser qu'il n'y aurait jamais de place de pour lui. Je me souviens de Yves, « le geignard », qui se plaignait à longueur de journée. Nous l'appelions aussi « pot de colle » tant il était fusionnel et exclusif dans ses relations avec nous. Je réalise aujourd'hui qu'en fait ce garçon avait peur d'être abandonné.

 

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Mon message aux jeunes médecins

 

Article de Psychologie Magazine - Novembre 2014

Le 28 juin dernier, vingt-sept ans après avoir obtenu mon diplôme de médecin, j’étais invité par le doyen de la faculté de médecine de l’université de Louvain, où j’ai fait mes études, à prendre la parole devant les trois cents diplômés de l’année 2014, leurs familles et l’ensemble de leurs professeurs. C’était merveilleux de contempler mes jeunes confrères, les yeux brillants de joie et de fierté.

Je leur ai dit que le métier qu’ils ont choisi constitue une fonction sacrée dans le sens où il touche à la vie dans ce qu’elle a de plus sensible, de plus vrai, de plus cru et, souvent, de plus cruel ; qu’approcher autrui dans l’intimité de ses doutes, de ses angoisses et de sa souffrance est un privilège ; que cela demande beaucoup d’empathie et d’humilité ; qu’il faut apprivoiser ses propres peurs de la maladie et de la mort, pour ne pas tomber dans le piège de la volonté de toute-puissance ; que l’on ne soigne pas des maladies mais des malades – des êtres multidimensionnels qui perçoivent des sensations, éprouvent des émotions, ont des pensées, des espoirs et des convictions ; que notre compréhension scientifique de la réalité privilégie l’identification des détails au détriment d’une vision de la globalité ; que cela nous fait ignorer la complexité des liens qui existent entre les différents éléments de notre analyse ; que le peu d’importance accordée à ces liens est à l’origine des grandes crises qui se profilent à l’horizon de notre civilisation ;



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L’animal en nous

psycho bel 2012 maiArticle de Psychologie Magazine - Juillet 2012

Shin Dong-hyuk est né en 1982 dans le Camp 14, le plus pénible des camps de travail de la Corée du Nord. Son père et sa mère ont été condamnés à être emprisonnés à vie à cause de leur parenté avec des « ennemis du régime ». Ils ont acquis le droit de s'unir en dépassant leur quota de production, en espionnant leurs co-détenus et en dénonçant toutes infractions aux règles du camp. Ils n'ont pas pu choisir leur conjoint et, à l'occasion de leurs « noces », ils n'ont été autorisés à dormir ensemble que cinq nuits consécutives. Shin n'a jamais rien connu d'autre que les punitions corporelles et les privations physiques. Il vit avec sa mère et son frère, en compétition permanente pour obtenir un peu de nourriture. Sa mère lui vole sa ration, il vole sa mère. Et lorsqu'il a trop faim, il fouille les excréments des vaches pour y récupérer quelques grains de maïs. Les jours de chance, il capture quelques insectes ou un rat qu'il mange cru. Il ne voit pratiquement jamais son père, détenu dans un autre endroit du camp. Sa mère le bat. Comme des centaines d'autres enfants, Shin est un produit du Camp 14, le cobaye d'une expérimentation de déshumanisation. À l'âge de 14 ans, afin d'échapper aux représailles de ses gardiens, il dénonce un plan d'évasion élaboré en secret par son frère et sa mère.

 

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Ne confondons pas la fragilité et la sensibilité

 

Article de Psychologie Magazine - Octobre 2014

Il y a quelques années, l’une de mes amies, brillante avocate d’affaires, a fait ce que l’on appelle un burn-out. À l’époque, elle élevait seule ses deux enfants en culpabilisant de ne pas avoir suffisamment de temps à leur consacrer. Elle travaillait quinze heures par jour dans un cabinet juridique, où elle passait son temps à jouer des coudes pour gravir les échelons de la hiérarchie tout en se pliant à des règles de fonctionnement qui allaient à l’encontre de ses valeurs profondes. Elle a fini par craquer. Épuisée, découragée, accablée par un douloureux sentiment d’impuissance, elle ne voyait plus de sens à ce qu’elle faisait. Elle était désespérée. Après une brève hospitalisation, elle a entrepris une psychothérapie. Progressivement, elle a compris à quel point elle avait vécu à la superficie d’elle-même, déconnectée de ce qui lui était essentiel, aveuglée par ses croyances, dirigée par ses conditionnements, obnubilée par son exigence de performance, assoiffée de reconnaissance.

Elle s’est rendu compte de son incapacité à écouter l’inconfort émotionnel et les tensions corporelles qui l’alertaient de sa déconnexion. Elle a donc décidé de se faire masser le corps pour développer plus de sensibilité. Elle s’est mise à pratiquer le yoga pour apprendre à respirer de façon consciente. Et, tous les matins, elle s’est efforcée de consacrer un peu de temps à la méditation. Après quelques semaines de cet « entraînement », elle a commencé à respecter des besoins essentiels qu’elle avait négligés jusqu’alors : dormir suffisamment, manger sainement, prendre du temps pour tisser des liens satisfaisants avec les autres, ...

 

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De retour de Dharamsala

psycho bel 2012 maiArticle de Psychologie Magazine - Juin 2012

Il y a quelques semaines, je me suis rendu à Dharamsala, afin d'y visiter une série de projets humanitaires financés par Graines d'Avenir1 – une association sans but lucratif créée par mon amie Véronique Jannot et récemment fusionnée avec l'association Nyanjay Compassion dont je suis le parrain depuis plusieurs années. Dharamsala est le siège du gouvernement tibétain en exil et la résidence officielle du 14ème dalaï lama. Depuis plus de cinquante ans, des dizaines de milliers de Tibétains y ont trouvé refuge avant de s'installer en Inde, au Népal ou dans les pays occidentaux. Environ vingt mille exilés y séjournent dans des conditions très précaires. Des logements exigus, non chauffés et sans confort, des hivers froids, une courte saison ensoleillée et trois mois de mousson très arrosés ; un manque cruel de débouchés professionnels. Déracinés, isolés et sans famille, de nombreux réfugiés survivent tant bien que mal grâce à l'aide humanitaire. Plus de deux mille enfants vivent dans les TCV (Tibetan Children's Villages)2 créés par Jetsun Pema, la soeur cadette du dalaï lama. Ils sont orphelins ou séparés de leurs parents qui les ont envoyés en Inde afin de leur épargner les brimades et les tortures des autorités chinoises.

 

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Les enfants agités ont quelque chose à nous dire

 

Article de Psychologie Magazine - Septembre 2014

C’est la rentrée. Nos enfants vont reprendre le chemin de l’école. Fini de rêver et de s’amuser, il va falloir rester calme et attentif durant de longues heures de cours. Pour certains, cela ne sera pas facile. Ils seront peut-être diagnostiqués comme atteints d’un trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) – une « maladie » dont l’incidence ne cesse d’augmenter. Dans les pays occidentaux, 3 à 5 % des enfants en souffriraient. Toutefois, le nombre des diagnostics se révèle moins élevé en Europe qu’aux États-Unis, où 10 à 20 % des écoliers sont jugés trop agités, impulsifs et inattentifs au point d’être traités par la Ritaline – un médicament psychostimulant apparenté aux amphétamines et inscrit sur la liste des stupéfiants.
Des différences culturelles expliquent sans doute ces disparités. Mais pas seulement, car, de façon troublante, plus le marketing en faveur de la Ritaline est agressif, plus la médicalisation des enfants est importante. Il faut dire que cette kiddy coke – la « cocaïne des gamins » comme l’ont baptisée les Américains – a des effets probants chez de nombreux enfants. Leur concentration s’améliore, leur impatience diminue, leurs résultats scolaires deviennent nettement meilleurs. Faut-il pour autant encourager la prescription de cette molécule ? Je ne le pense pas. D’autres solutions méritent d’être explorées : la relaxation, la méditation, une prise en charge psychothérapeutique, le recours à la psychomotricité, la pratique d’un art martial, d’un sport ou de toute autre activité nécessitant un engagement mental et physique. Évidemment, de telles mesures prennent du temps e

 

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Plaidoyer pour l’altruisme

psycho bel 2012 maiArticle de Psychologie Magazine - Mai 2012

Sept milliards d'êtres humains sur une petite planète dont les ressources naturelles s'épuisent à grande vitesse, confrontés à un réchauffement climatique qui risque de modifier les priorités. Occupation des terres arables, exploitation des réserves énergétiques, partage de la nourriture, accès à l'eau potable. L'un des enjeux majeurs du XXIème siècle est sans nul doute la cohabitation pacifique entre les peuples et, au sein des peuples, la coopération entre les citoyens. Je pense donc qu'il n'y a pas de sujet plus urgent à débattre que celui de l'entraide et de l'altruisme. Pour beaucoup de gens, le véritable altruisme n'existe pas . Que faut-il penser alors de ces expérimentations où des singes se privent de nourriture afin d'éviter qu'une décharge éléctrique soit infligée à leurs congénères ? Existe-t-il chez certains animaux la potentialité d'une générosité gratuite envers autrui dans le seul souci de son bien-être ? De nombreux exemples observés dans la nature tendent à le prouver : des mâles primates forment un pont avec leurs corps au péril de leur vie afin de permettre à une mère et à son petit de passer d'un arbre à l'autre, des éléphants s'occupent d'une vieille femelle aveugle, des dauphins soutiennent leur compagnon blessé pour le faire respirer à la surface.

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Les vacances, le temps du vrai changement

 

psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Juillet-Août 2014

Voici venu le temps des vacances. Une parenthèse dans nos vies agitées, pressées et stressées. L’occasion de ralentir, de nous poser et de nous reposer. Puis viendra le temps de la rentrée. La reprise de notre course effrénée. Il ne faudra pas longtemps pour connaître le même état d’épuisement que celui dans lequel nous étions avant de prendre des congés. Je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a là une forme d’absurdité.

Pour beaucoup de gens, les vacances sont une soupape de sécurité qui les empêche d’exploser. Jamais dans son histoire l’être humain n’a été aussi souvent en congé. Pourtant, à entendre les plaintes des uns et des autres, il semble que jamais il n’a eu autant besoin de se reposer. Peut-être parce que jamais il n’a vécu d’une manière aussi agitée. Même lorsqu’il est en congé. Le simple fait de prendre connaissance du « programme » des activités de certains vacanciers suffit à nous épuiser.

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Attention à la pathologisation !

psycho bel 2012 avrilArticle de Psychologie Magazine - Avril 2012

Il y a quelques semaines, j'ai rencontré une jeune femme atteinte d'un cancer du sein avec des métastases aux poumons. Dès l'annonce du diagnostic, huit ans auparavant, cette patiente avait manifesté un optimisme à toute épreuve. À chaque mauvaise nouvelle, elle avait réagi en trouvant une raison de continuer à se battre. Son oncologue ne comprenait pas comment elle pouvait être encore en vie et, surtout, il s'étonnait qu'elle conserve un si bon moral. Persuadé qu'elle allait bientôt perdre courage, il lui avait recommandé de consulter un psychiatre. Le verdict de ce médecin avait été sans appel : pour lui, la patiente était dans le déni de sa maladie, elle refusait de voir la vérité en face, son attitude masquait une dépression. Il lui prescrivit donc un antidépresseur. La jeune femme eut beau protester en affirmant qu'elle était très lucide quant à son état de santé, le psychiatre ne voulut rien entendre. « Je refuse que l'on m'empêche d'avoir une raison de vivre, lui répondit la patiente. Pour l'instant, je souhaite trouver le moyen de prolonger mon existence afin de profiter le plus longtemps possible de ma famille et de mes amis. Comment peut-on dire qu'il s'agit d'une attitude dépressive ?

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Le Qi Gong ? Prononcer « Tchi Kong » !

 

psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Juin 2014

Depuis que je pratique le qi gong, de nombreuses personnes m’interrogent à propos de ce qu’elles appellent le « zigon », le « tsikon » ou, pire, le « chicon » (c’est le nom que l’on donne à l’endive, en Belgique). La plupart le définissent comme une gymnastique lente que l’on pratique dans les parcs en Chine. C’est un peu court. Je profite donc de cette chronique pour vous expliquer de quoi il s’agit vraiment. Avant tout, je dois vous dire que le nom de cette discipline se prononce « tchi kong », et signifie « le travail du qi ». C’est un ensemble d’automassages, d’exercices respiratoires et de méditations en position statique et en mouvement, visant la maîtrise du qi.


La notion de qi n’est pas facile à comprendre pour un esprit occidental. Nous la traduisons par le mot « énergie », energeia en grec : la « force en action ». Il s’agit, en fait, de l’ensemble de nos forces – la somme des énergies qui constituent notre vitalité. Tantôt physiques (mécaniques, thermiques, chimiques, électriques, magnétiques), tantôt psychiques (émotionnelles et intellectuelles), ces énergies sont transmutables ; elles forment un continuum qui est notre force vitale, le qi.

 

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Tenir un journal

psycho bel 2012 marsArticle de Psychologie Magazine - Mars 2012

Lorsque j'ai commencé à parcourir le chemin qui mène à une meilleure connaissance de soi, spontanément je me suis mis à écrire de manière quotidienne dans un cahier. J'y consignais mes impressions, mes émotions et les pensées qui les accompagnaient. Parfois cela se résumait à une phrase, un mot, un dessin ou une couleur posée sur la papier. L'important était pour moi de parvenir à exprimer ce qui se passait à l'intérieur de moi, de pouvoir contempler celui que j'étais, de prendre le recul nécessaire pour comprendre la complexité qui me constituait. Jour après jour, je créais dans mon journal un espace intime dans lequel je découvrais mes peurs et mes croyances, mes conditionnements et mes défenses, mes contradictions et mes aveuglements. L'écriture fut un formidable moyen de me réveiller. Quinze ans plus tard, elle reste une bonne façon de ne pas me rendormir. À condition de la pratiquer de manière régulière, sans complaisance, avec une sorte d' « intransigeance bienveillante » faite d'objectivité et de compassion. Il s'agit d'oser s'avouer ce que l'on pense profondément, sans jugement, en acceptant celui que nous sommes inconditionnellement.

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Imposteurs, charlatans ou escrots?

 

psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Mai 2014

Beaucoup de gens me demandent comment repérer les charlatans qui, d’après eux, exercent en grand nombre dans le domaine des médecines non conventionnelles. Je réponds invariablement que, avant tout, il faut définir ce qu’est un charlatan. Est-ce forcément un escroc – c’est-à-dire quelqu’un qui cherche à s’emparer du bien d’autrui de façon malhonnête ? Est-ce toujours un imposteur – autrement dit une personne qui trompe volontairement les autres en se faisant passer pour ce qu’elle n’est pas ? Je ne le crois pas. Si l’on se réfère à la définition du dictionnaire, un charlatan exploite la crédulité des gens pour imposer ce qu’il a à leur vendre. Beaucoup de charlatans sont donc des escrocs, mais pas nécessairement des imposteurs car, le plus souvent, ils sont de bonne foi. Ils se croient bien informés et compétents alors que, en réalité, ils ne le sont pas, et c’est par inconscience et par ignorance qu’ils induisent les autres en erreur.

 

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Eloge de l’ennui

psycho bel 2012 fevrierArticle de Psychologie Magazine - Février 2012

La semaine dernière, lors d'une consultation, une maman épuisée me confiait son « ras-lebol ». Elle n'en pouvait plus de passer son temps à « jouer les chauffeurs » pour conduire ses trois enfants à toute une série d'activités, le soir après les cours ou le mercredi après-midi lorsqu'il n'y a pas école. Judo, leçons de piano et atelier de peinture pour son fils aîné. Cours de danse, natation, initiation à la broderie et tennis pour sa fille. Hockey, violon et théâtre pour son fils cadet. Sans compter les rendez-vous chez le dentiste, les achats de matériel scolaire et, de temps en temps, une séance au cinéma. « Au moins, ils n'ont pas le temps de s'ennuyer », me dit-elle avec fierté. Sans doute, mais est-ce réellement une bonne chose ? Faut-il éviter l'ennui à tout prix ? De plus en plus de voix s'élèvent parmi les psychologues et les pédagogues pour s'insurger contre les « emplois du temps de ministres » que l'on impose aux enfants. Trop occupés à « faire », nos bambins n'ont plus l'occasion d'apprendre à « être ».

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Cher confrère, l'effet placebo n'explique pas tout

 

psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Avril 2014

Lorsque, en 1998, j’ai mis un terme à ma carrière de chirurgien, je me suis intéressé à des médecines qualifiées de « non conventionnelles », souvent moins scientifiques, plus empiriques, issues de traditions millénaires et faisant partie du patrimoine thérapeutique de l’humanité au même titre que la médecine dite « conventionnelle ». J’ai découvert alors le fossé qui existait entre ces cultures différentes. D’un côté, les tenants de la médecine scientifique niaient l’efficacité des approches non conventionnelles, sous prétexte qu’elle n’était pas prouvée et expliquée selon les critères de la science. De l’autre, les adeptes des médecines non conventionnelles avaient tendance à rejeter en bloc les acquis de la modernité avec un manque de nuances qui me paraissait tout aussi regrettable. Cela m’a motivé à publier La Solution intérieure, vers une nouvelle médecine du corps et de l’esprit1. L’idée était de traduire dans le langage rationnel de la science les belles intuitions des autres médecines, afin que celles-ci ne soient plus considérées comme « parallèles » mais qu’elles puissent, au contraire, converger au sein d’une « médecine intégrative », qui réunirait le meilleur de chaque approche thérapeutique au service des malades.

 

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Combat stérile

psycho bel_2012_janvierArticle de Psychologie Magazine - Janvier 2012

Parmi les nombreux courriels que je reçois sur mon site web, un certain nombre me sont envoyés par des psychanalystes qui m'accusent de faire la promotion des psychothérapies cognitivo-comportementales. Selon eux, ces « thérapies » ne sont, en fait, que des « gadgets » et des « recettes » destinées à faire fonctionner les gens en dépit de leur mal-être. La seule motivation des thérapeutes qui les proposent serait de créer du bonheur à tout prix, sans respecter la liberté des individus. Un jour, une psychanalyste particulièrement courroucée m'a reproché de faire l'apologie de la méditation, n'y voyant qu'un moyen de calmer l'angoisse sans permettre de guérir la souffrance en profondeur. Chaque fois que je reçois ce genre de courrier, je m'étonne car mon travail de thérapeute, d'auteur et de conférencier n'est pas de promouvoir une quelconque approche thérapeutique au détriment d'une autre. Au contraire, j'essaie toujours de comprendre les avantages et les limites de chaque proposition de traitement ou d'accompagnement afin d'établir des ponts entre les différentes alternatives.

 

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Toucher et être touché

 

psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Février 2014

Rien de tel que le récit d’une histoire vraie pour faire passer un message essentiel. Celle que je vais vous raconter se déroule à la terrasse d’un café parisien, par une belle après-midi d’hiver. Je lisais tranquillement un journal lorsque mon attention a été détournée par la conversation entre deux femmes assises juste à côté. Vous me direz sans doute que la curiosité est un vilain défaut et que l’indiscrétion est une attitude absolument déplacée. Je ne pourrai vous contredire mais, si vous aviez entendu le ton de la discussion entamée par mes deux voisines, je pense que vous aussi auriez tendu l’oreille pour connaître l’objet de leur discorde. L’une des deux protagonistes (coiffée d’un bonnet en laine rouge) semblait particulièrement fâchée. L’autre (la tête découverte) l’écoutait sans répondre. La femme au bonnet rouge commençait toutes ses phrases par un « tu » accusateur. Son discours était une litanie de reproches. Égoïste, calculatrice, manipulatrice, menteuse, irrespectueuse, blessante, avare, opportuniste. Plus la liste s’allongeait, plus la femme à la tête découverte fermait les poings et serrait les dents. Je la sentais prête à exploser. Moi-même j’éprouvais de la tension en entendant les mots courroucés de la femme au bonnet rouge. La tentation de prendre part à la dispute des deux femmes était grande. Cependant, je n’en fis rien. Au contraire, je revins vers moi en respirant profondément. Je ressentis aussitôt une pression douloureuse dans ma poitrine.

 

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Souvenir de Chine

psycho bel_2011_decembreArticle de Psychologie Magazine - Décembre 2011

Décembre est l'occasion pour moi de me remémorer les bonnes choses vécues aux cours des onze mois qui ont précédé. Des rencontres amicales, des fêtes en famille, quelques bons films, des livres passionnants, de belles journées ensoleillées, une nuit de pleine lune, la caresse du vent lors d'une promenade en montagne, d'heureux hasards, de jolies surprises, des petits voyages, de plus grands déplacements. Lorsque j'y pense, j'éprouve une grande gratitude pour ces cadeaux de la vie. La liste est longue et constituée d'événements trop intimes pour en faire, ici, l'inventaire détaillé. Cependant, j'aimerais vous raconter un de ces événements survenu au cours d'un voyage en Chine, au printemps, à Beijing. C'était le 25 avril, jour de mon anniversaire.

 

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Tout et son contraire

 

psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Janvier 2014

Il y a quelques années, une jeune femme m’appela pour que je reçoive sa maman à ma consultation. Cette dernière souffrait d’un cancer du sein avec des métastases osseuses. En entendant le nom de la patiente, je me souvins l’avoir rencontrée cinq ans auparavant. Elle était alors venue me demander mon avis thérapeutique suite à la découverte d’une petite tumeur cancéreuse dans son sein droit. Ayant lu mon livre La Solution intérieure, cette dame considérait que je faisais partie des médecins avec « un esprit suffisamment ouvert » pour confirmer que son cancer était d’origine psychologique. Je lui avais répondu que, par souci de garder l’esprit ouvert (comme elle disait si bien), je n’étais pas d’accord avec elle. Car, à l’instar de la plupart des maladies, bon nombre de cancers sont probablement causés par un ensemble de facteurs qui, séparément, ne sont pas dangereux mais, agissant ensemble, entraînent une perturbation responsable de la cancérisation de certaines cellules. Parmi ces facteurs, il y a des prédispositions génétiques, des déséquilibres alimentaires, des influences toxiques, des lésions infectieuses et sans doute, chez certains patients, des tensions psychiques et du stress chronique. Affirmer que le cancer est d’origine exclusivement psychologique paraît aussi simpliste et caricatural que de dire que les troubles émotionnels et le stress n’interviennent jamais dans le phénomène de cancérisation. Face à ma réponse tout en nuances, la patiente avait quitté ma consultation en déclarant que je n’avais pas l’esprit aussi ouvert qu’elle l’avait imaginé. En dépit de mes recommandations, elle avait décidé de ne pas se faire opérer et encore moins de se soumettre à une chimiothérapie, persuadée qu’une psychothérapie suffirait à la guérir. Cinq ans plus tard, la petite tumeur du sein avait grossi au point de s’ulcérer à la peau et d’envahir le creux axillaire du côté droit.

 

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Etre des amis

 

psycho bel_2011_novembreArticle de Psychologie Magazine - Novembre 2011

Il est une croyance extrêmement répandue selon laquelle nous sommes condamnés à nous battre et à nous livrer une véritable compétition les uns contre les autres. Cette théorie du struggle for life est née de l'interprétation des travaux de Charles Darwin par le sociologue anglais Herbert Spencer. Darwin s'insurgea contre cette « application brutale du principe de la sélection naturelle au sein des sociétés humaines ». Car l'idée que la vie ne peut se perpétuer qu'à travers un combat ne tient pas la route. Pour s'en convaincre, il suffit d'observer les exemples de coopération chez les abeilles, les termites ou les fourmis. Ou de se rappeler que nos lointains ancêtres des temps préhistoriques étaient bien trop peu nombreux pour se permettre le luxe de s'entretuer ; il leur fallait plutôt s'entraider et collaborer pour survivre. Pourtant les théories du « darwinisme social » de Spencer ont fini par imprégner l'ensemble de la civilisation occidentale, au point d'influencer les meilleurs scientifiques. Ainsi par exemple, dans les années 1930, le physiologiste américain Walter Cannon a affirmé que, face aux situations stressantes, nous n'avons pas d'autre choix que celui de nous battre ou de prendre la fuite. Lorsque l'on m'enseigna cette théorie de la réponse fight or flight, sur les bancs de la faculté de médecine, au début des années 1980, je fus sceptique.

 

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La spiritualité, une source de bonheur !

 

psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Décembre 2013

Il y a des informations en apparence anodines qui réveillent en nous une profonde réflexion. Dans ma chronique du mois de novembre 2013, je rapportais les résultats d’une étude publiée dans la revue Psychological Medicine, selon lesquels la spiritualité est un facteur de dépression, tant au niveau de l’apparition des symptômes dépressifs que de leur aggravation1. Je faisais remarquer qu’une telle conclusion va à l’encontre des idées reçues sur le sujet. Et, cherchant une explication à cette contradiction, j’ai émis l’hypothèse d’une définition erronée de la spiritualité. Car on ne peut pas réduire le fait spirituel, comme le font les auteurs de cette étude, à la croyance en une force ou en un pouvoir extérieur à soi. La spiritualité est, au-delà des croyances, une science de l’esprit des choses et des êtres ; elle suppose une profonde compréhension des liens qui relient tout ce qui existe ; elle aboutit à la connaissance du souffle – le spiritus latin – qui donne la vie. En ce sens, la spiritualité est une science de l’amour. Parcourir un chemin spirituel n’est pas facile. Cela demande d’être à la fois objectif et compatissant à l’égard de soi-même et des autres. Tout voir et ne rien juger. Exercer une sorte d’intransigeance bienveillante faite de discernement, d’honnêteté et d’humilité. Identifier l’ombre et la lumière en nous, sans jamais culpabiliser. Accepter de contempler qui nous sommes en essayant de comprendre la loi de causalité qui nous a façonnés. Et avoir le courage d’assumer notre responsabilité en changeant certaines causes pour obtenir d’autres effets. Car nous sommes appelés à apporter des réponses.

 

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Le choix des mots

 

psycho bel_2011_octobreArticle de Psychologie Magazine - Octobre 2011

Lorsque j'ai commencé à m'intéresser au rôle des affects dans la santé, j'ai été étonné par le choix des adjectifs utilisés pour qualifier nos émotions. En effet, les mots « positif » et « négatif » me paraissaient un peu trop subjectifs pour décrire les phénomènes émotionnels d'une manière objective. Un ami psychologue m'affirma que ces adjectifs décrivaient les conséquences, heureuses ou malheureuses, des différentes émotions. Cette explication ne me convainquit pas. Car les émotions dites positives n'ont pas toujours des effets positifs. Par exemple, des personnes trop enthousiastes peuvent se leurrer et prendre des risques inconsidérés qui mettent leur vie en danger, ou bien certains malades trop confiants minimisent leurs symptômes et ne se soignent pas comme il faudrait. De la même manière, les émotions dites négatives n'ont pas forcément des effets négatifs. Ainsi, la peur provoquée par des événements menaçants permet d'éviter certains dangers, tandis que la colère exprimée de façon non agressive peut se révéler être une formidable force de créativité.

 

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« La spiritualité, un facteur de dépression psychologique ? »

 

psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Novembre 2013

Dans son numéro du mois d’octobre 2013, la prestigieuse revue Psychological Medicine publiait les résultats d’une étude prospective internationale, sous le titre « Croyances spirituelles et religieuses en tant que facteurs déterminants pour l’apparition de dépressions majeures ». Dirigée par le professeur Michael King de l’University College de Londres, cette enquête a été effectuée par une équipe de médecins généralistes auprès de plus 8000 personnes, dans sept pays, sur une période d’un an. Elle conclut que les personnes ayant une pratique religieuse ou des préoccupations spirituelles sont touchées de manière plus intense par la dépression que les personnes ayant une manière de vivre plus terre-à-terre. Plus l’inclinaison religieuse ou spirituelle était forte au début de l’étude, plus le risque de dépression s’est révélé important. Et, lorsque les personnes montraient des symptômes dépressifs, leur religion ou leur spiritualité ne les aidait pas à aller mieux ; dans certains cas elle était même un facteur aggravant. Ces résultats indiquent donc qu’une perspective religieuse ou spirituelle affaiblit le bien-être des individus au lieu de le fortifier. Cela va à l’encontre de l’idée généralement admise (y compris dans le monde de la psychiatrie) d’un effet protecteur des pratiques religieuses et des croyances spirituelles face à l’adversité. Ainsi religion et spiritualité nuiraient à la santé mentale des individus.

 

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Gratitude

psycho bel_2011_septembre

 

Article de Psychologie Magazine - Septembre 2011

Assis à la terrasse d'un café, je lisais paisiblement mon journal au soleil, lorsque j'ai surpris la conversation d'une mère avec son enfant. Je devrais plutôt dire : la colère d'un enfant à l'égard de sa mère, car le bambin manifestait avec véhémence sa frustration de ne pas avoir obtenu une crème glacée en plus de la mousse au chocolat qu'il venait d'avaler. Furieuse, sa mère lui rétorqua qu'il aurait au moins pu la remercier pour ce bon dessert. « La gratitude est le zèle d'amour par lequel nous nous efforçons de faire du bien à celui qui nous en a fait, en vertu d'un pareil sentiment d'amour envers nous », écrivait, au XVIIe siècle, le philosophe hollandais Baruch Spinoza. La gratitude est le désir de donner du plaisir en retour d'un plaisir reçu. Au XVIIIe siècle, l'économiste écossais Adam Smith la considérait comme « un sentiment essentiel, un gage de paix et de pérennité pour les sociétés humaines ».

 

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« Accepter ne signifie pas se résigner »

 

psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Octobre 2013

Jean a quarante ans, sa femme l’a quitté ; il a beaucoup souffert de cette séparation et le stress a déclenché chez lui un eczéma extrêmement étendu. Progressivement, au cours de son travail psychologique, il a compris que cette épreuve constituait une occasion inespérée de guérir une profonde blessure d’abandon. Jean a donc fini par accepter la rupture mais, au lieu de la subir comme une victime, il a décidé de transformer son expérience douloureuse en une source de croissance personnelle. « Je n’en pouvais plus de me sentir impuissant face à une situation que je n’avais pas choisie, explique-t-il. J’ai décidé de reprendre ma vie en main et d’agir d’une manière constructive. » Aujourd’hui, Jean affirme que le départ de sa femme a été une chance. Il se sent plus fort, plus construit, plus rempli. « Pas rempli par les autres, précise-t-il. Rempli de moi-même ! » Son eczéma va beaucoup mieux. Cécile a trente-six ans, elle souffre d’une insuffisance rénale ; depuis trois ans, elle doit se soumettre à des dialyses régulières pour épurer son sang en attendant une hypothétique greffe de rein. Au début de nos rencontres, elle exprimait sa révolte face à la maladie, son sentiment d’injustice de devoir dépendre d’une machine pour survivre, son angoisse pour le futur, sa tristesse aussi. Puis, avec le temps, son discours a changé. « Je me suis mise à penser que la maladie et les contraintes de son traitement avaient du bon », dit-elle en souriant. Car, Cécile a appris à apprécier le moment présent.

 

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Décalage estival

 

psycho bel_2011_juilletArticle de Psychologie Magazine - Juillet 2011

C'est l'été, nous allons enfin pouvoir nous reposer. Le temps est venu de prendre des vacances. Chaque année, des millions de gens répètent ce rituel sans la moindre hésitation. Car la plupart d'entre nous en sommes convaincus : les beaux jours sont faits pour être chômés. Pourtant, d'après les chronobiologistes qui étudient l'évolution des rythmes de notre corps, il semble que nous nous trompions. Pour eux, l'été est la meilleure saison, non pas pour se reposer, mais pour travailler ! Et pour cause : les beaux jours apportent des fruits et de légumes gorgés de soleil, de la lumière, des vitamines, et tout ce qu'il faut pour stimuler notre organisme. Nous sommes alors en pleine forme, débordant d'énergie pour accomplir les plus lourdes tâches. L'hiver, en revanche, notre alimentation est carencée, nous manquons de lumière, nos défenses immunitaires sont moins performantes, l'activité de nos organes ralentit, notre corps est fragilisé, nous sommes plus sensibles aux infections.

 

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« Je ne fais pas ce que je veux mais je veux ce que je fais ! »

 

psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Septembre 2013

Maria à quarante-trois ans. Divorcée, mère de deux adolescents, elle a dû fuir son pays ravagé par la guerre civile. Depuis, elle vit en Belgique où son diplôme de dentiste n’est pas reconnu. « Je ne peux donc pas exercer la profession pour laquelle j’ai été formée », explique-t-elle. Obligée de travailler pour nourrir et éduquer ses enfants, elle a été engagée comme technicienne de surface pour nettoyer des bureaux, la nuit, dans les tours du Quartier Nord à Bruxelles. « Dit plus simplement, je travaille comme femme de ménage », commente-t-elle avec humour. Je connais Maria depuis cinq ans ; je ne l’ai jamais vue de mauvaise humeur. Nous nous sommes rencontrés à ma consultation car un cancer du sein l’avait incitée à entamer une psychothérapie. Non pas qu’elle se sentait « malade » mais, simplement, elle désirait regarder en face de vieilles blessures psychologiques, les nommer, les apprivoiser et même s’en débarrasser. « Je suis convaincue que cela m’aidera à guérir ce cancer », m’avait-elle annoncé d’emblée. Son cancer est à présent guéri cependant Maria continue à fréquenter ma consultation. C’est pour elle l’occasion de se poser, de revenir à elle et de se ressourcer. Car son travail de nuit combiné à l’éducation de deux adolescents est éprouvant. Certains jours, je lui trouve le teint pâle, la mine fatiguée. Elle m’avoue être épuisée mais cela ne l’empêche pas de sourire. Même lorsqu’elle a appris que l’entreprise pour laquelle elle travaille risquait de la licencier.

 

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Procrastination

 

 

psycho bel_2011_juinArticle de Psychologie Magazine - Juin 2011

Qui n’a pas remis à plus tard une tâche contraignante, préférant faire autre chose que ce qui devrait être fait ? Personnellement, cela m’arrive fréquemment, notamment lorsque je « dois » rédiger une chronique pour Psychologies Magazine. Je perds alors beaucoup de temps à surfer sur internet, je trouve toutes sortes de prétextes pour quitter mon bureau, j’en arrive même à rentrer chez moi ou bien à faire des courses qui auraient pu attendre la fin de mon travail. N’importe quelle excuse est bonne pour éviter de me mettre à l’ouvrage. En fait, beaucoup de gens reportent sans cesse le moment de commencer leur travail, ils se distraient en s’engageant dans de multiples activités. Malheureusement, ils n’en profitent pas vraiment car, au fond d’eux, ils savent qu’ils devraient être en train de travailler. Ils ne s’investissent pas complètement dans ce qu’ils font, leur énergie est bloquée par leur propre résistance et leurs atermoiements finissent par les épuiser.

 

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Un conte soufi à méditer durant les vacances…

 

psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Juillet-Août 2013

Il était une fois un vieux sultan qui, pressentant la mort approcher, réclama son fils à son chevet afin de lui léguer ce qu’il avait de plus précieux : un bel anneau d’or surmonté d’une volumineuse pierre bleue sous laquelle on pouvait dissimuler une mèche de cheveux, le souvenir d’un être aimé ou du poison destiné à tuer un ennemi. « Tu vois cette bague, dit le sultan, à l’intérieur tu trouveras la solution au pire des problèmes de l’existence. Passe-la à ton doigt et prometsmoi de ne l’ouvrir qu’au moment où tu n’auras pas d’autre choix, car la solution magique qu’elle contient ne te servira qu’une seule fois. » À peine eut-il prononcé ces mots, le vieux sultan rendit son dernier soupir. Quelques années plus tard, le nouveau sultan régnait sur un royaume prospère et en paix. La favorite de ses épouses s’apprêtait à donner naissance à un fils, un héritier pour le trône. Malheureusement, la jeune femme mourut en couches. Désespéré, le monarque resta prostré au fond de ses appartements durant de nombreuses semaines. Il refusait de s’alimenter et plusieurs fois il pensa à se donner la mort.

 

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Trop d’impuissance

 

psycho bel_2011_maiArticle de Psychologie Magazine - Mai 2011

La terre tremble au Japon, un tsunami ravage un pays, une centrale nucléaire laisse échapper des éléments radioactifs, l'air, l'eau et la terre sont contaminés par une pollution hautement toxique et totalement invisible. Des hommes et des femmes trouvent refuge dans des abris de fortune et tentent de survivre à l'horreur. Les morts sont enfouis sous les décombres, le chagrin est immense, le deuil impossible. Le peuple gronde en Tunisie, la foule exprime sa colère au Caire, un peu partout dans le monde arabe, des voix s'élèvent pour réclamer plus de justice, de liberté et de paix. Les chefs d'états font semblant de ne pas entendre ces revendications, ils minimisent la situation, ils diabolisent les insurgés et finissent par utiliser la violence pour les réduire au silence. Des bombes s'abattent sur les Libyens, une répression sanglante est menée contre les Syriens. L'avenir est incertain.

 

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Une question que je me pose à propos de la guérison

 

psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Juin 2013

Depuis une dizaine d’années j’accompagne psychologiquement des malades atteints de pathologies physiques. La plupart du temps, il s’agit de maladies chroniques dont un bon nombre sont des cancers. Car, pour beaucoup de gens, le cancer est une maladie qui se prolonge à travers de multiples traitements, des récidives ou, en cas de rémission, des contrôles réguliers sur le long terme. Certains de ces patients guérissent, d’autres pas. Mais, tous, ils se battent avec l’espoir d’aller mieux et de s’en sortir. Je rencontre alors des personnes qui recourent exclusivement aux traitements de la médecine dite « conventionnelle », d’autres qui choisissent de se soigner en plus à l’aide de traitements complémentaires proposés par des médecines « non conventionnelles », et d’autres encore qui refusent les remèdes de la médecine conventionnelle et préfèrent ne s’en tenir qu’à des soins non conventionnels. Curieusement, j’observe des guérisons et des échecs thérapeutiques dans les trois catégories de patients. Et ce pour des cancers de même nature, au même stade d’avancement et avec le même degré d’agressivité. On est donc en devoir de se demander ce qui aide vraiment les malades à guérir.

 

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Vous avez dit « anti-âge » ?

 

psycho bel_2011_avrilArticle de Psychologie Magazine - Avril 2011 

Il y a quelques mois, un confrère médecin m’invita à devenir le président d’une société de « médecine anti-âge ». Parce que, d’après lui, je défendais des idées en résonance avec les principes de cette discipline qui combat les effets de la vieillesse. Sur le moment, j’ai cru à un canular car quiconque a lu mes ouvrages sait que ma pensée est à l’opposé de celle qui génère des stratégies « anti-âge ». Cependant, mon interlocuteur insista en disant que mon livre La solution intérieure s’inscrivait parfaitement dans la lutte qu’il menait contre les effets du temps. Cela me rappela une conversation, quinze ans auparavant, avec le responsable d’une compagnie pharmaceutique qui essayait de me convaincre du fait que la vieillesse était une « horrible maladie » contre laquelle la médecine devait se battre à tout prix.

 

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Derrière chacune de nos affirmations négatives il y a une peur.

 

psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Mai 2013

L’autre jour, dans le métro parisien, j’ai surpris une conversation entre deux jeunes femmes. Vous allez me dire que cela ne se fait pas. Je le sais mais n’ai pas pu résister car le débat qu’elles avaient engagé était passionnant. Je vous raconte (en prenant soin de changer les prénoms de ces deux personnes ; discrétion oblige, bien sûr). Sandra et Noémie étaient donc en train de discuter à propos d’un appel téléphonique que Noémie aurait dû faire à son petit ami avec lequel elle s’était disputée la veille au soir. « Je ne l’appellerai pas, déclara-t-elle énervée. De toute façon, cela ne servirait à rien car il ne voudrait pas m’écouter. Et puis, même si il m’écoutait, il ne comprendrait pas ce que j’ai à lui dire. C’est un con, un point c’est tout. Je ne veux plus jamais entendre parler de lui ! » Habitué à scruter le regard d’autrui lors de mes consultations, j’avais beaucoup de mal à croire le discours de Noémie. Sandra partageait mon avis. « Je ne te crois pas, tu crèves d’envie de l’appeler mais tu n’oses pas. Voilà la vérité ! », dit-elle à son amie de plus en plus courroucée. Sandra avait raison : Noémie avait peur d’appeler son petit ami. Car elle craignait qu’il ne l’écoute pas ou, bien pire, qu’il ne comprenne pas ce qu’elle avait à lui dire.

 

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Le courage du désespoir

 

 

psycho bel_2011_marsArticle de Psychologie Magazine - Mars 2011

Il y a exactement un an, je vivais au milieu de la campagne égyptienne, sur la rive ouest du Nil, à une centaine de mètres du temple de Médinet Habu, aux pieds de la montagne thébaine, non loin d'un canyon où furent inhumées quelquesunes des plus grandes reines de la civilisation pharaonique, à quelques pas des ruines d'un village jadis peuplé par les ouvriers et les artisans qui ont creusé et décoré les tombes de la Vallée des rois. Je réalisais un rêve d'enfance, au cours d'une retraite de plusieurs mois consacrée à la méditation et à l'écriture, dans le souci de poursuivre le « travail intérieur » que j'avais un peu délaissé ces dernières années au profit d'un trop grand nombre de conférences et de consultations. L'Égypte est une passion, une civilisation qui m'a fasciné dès l'âge de cinq ans, un pays que j'ai appris à connaître à l'occasion de fréquents séjours – une quinzaine en trente ans.

 

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Il m’a fallu des années avant de me permettre l’auto-compassion

 

psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Avril 2013

Avril est le mois de mon anniversaire. J’ai pris l’habitude de le consacrer à des projets qui me tiennent à coeur. Ainsi, chaque année, à la même période, je me libère de mes obligations afin de pouvoir faire ce qui me plaît véritablement. Je lis, j’écris, je voyage, je partage. Je danse, je ris, je respire. Et, détail très important, je me permets d’en éprouver du plaisir sans culpabiliser, en goûtant pleinement la joie d’être ce que je suis, tout simplement. Un de mes amis m’a dit qu’il fallait certainement beaucoup d’estime de soi pour se permettre une telle liberté. Je ne pense pas que cela soit exact. Ce qu’il faut c’est plutôt de la compassion pour soi-même. La nuance est importante. L’estime de soi est le résultat d’une auto-évaluation et, souvent, d’une comparaison avec les autres. Elle se construit sur l’accomplissement de certains objectifs que l’on s’était fixés. Elle se nourrit des performances qui révèlent nos compétences et renforcent notre confiance en nous-même. La compassion pour soi, quant à elle, ne réclame ni accomplissement ni performance. Elle n’est le résultat d’aucune comparaison avec autrui. Au contraire.

 

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Après l’extase, la lessive

 

psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Février 2011

Récemment, une dame bien intentionnée m'a recommandé de lire les ouvrages de Lobsang Rampa car, me dit-elle, ils permettent de découvrir le chemin qui mène à l'éveil. Je lui répondis que ceux-ci avaient enchanté mon adolescence, il y a plus de trente ans. Le troisième oeil, tout d'abord, paru en 1956, qui est encore, de nos jours, un succès de librairie, où l'auteur raconte son enfance dans une lamaserie tibétaine, initié et « éveillé » afin de « voir les gens tels qu'ils sont et non plus comme ils font semblant d'être ». Le Lama médecin, ensuite, où le jeune Lobsang quitte le Tibet pour étudier la médecine en Chine, apprend à piloter des avions, s'engage dans l'armée, est fait prisonnier par les Japonais et finit par s'évader.

 

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Nous ne devrions pas juger nos émotions

 

psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Mars 2013

Lorsque j’ai commencé à m’intéresser au rôle des affects dans la santé, j’ai été étonné par le choix des adjectifs utilisés pour qualifier les émotions. Émotions positives, émotions négatives. Les mots « positif » et « négatif » ont une connotation subjective qui ne me paraissait pas appropriée pour décrire les phénomènes émotionnels d’un point de vue objectif et scientifique. Un ami psychologue m’a alors affirmé que ces adjectifs décrivaient les conséquences, heureuses ou malheureuses, des différentes émotions. Je lui fis remarquer que les émotions positives n’ont pas toujours des effets positifs. Des personnes trop enthousiastes peuvent se leurrer et prendre des risques inconsidérés qui mettent leur vie en danger. Certains malades trop confiants minimisent leurs symptômes, ne se reposent pas suffisamment, ne suivent pas sérieusement leur traitement et, du coup, réduisent leurs chances de guérir. De la même manière, les émotions négatives n’ont pas forcément des effets négatifs. Ainsi, par exemple, la peur provoquée par un événement vécu dans le moment présent permet d’éviter certains dangers. La colère exprimée de façon non agressive, dans l’affirmation de soi et la créativité, peut se révéler une formidable force de vie, notamment chez des personnes malades. Un autre ami, moine bouddhiste, m’expliqua qu’il valait mieux qualifier les émotions négatives de « destructrices ». Cet adjectif décrit effectivement une conséquence possible des émotions négatives.

 

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Bon courage !

 

psycho bel_2011_janvierArticle de Psychologie Magazine - Janvier 2011

Voici donc arrivé le début d'une nouvelle année. C'est le moment de se souhaiter plein de bonnes choses. Je ne me déroberai pas à la tradition. Je vous souhaite donc une bonne vie, une belle vie. Oui, vous avez bien lu : je ne vous parle pas de bonne santé. Tout simplement parce que je rencontre tous les jours des malades qui, malgré leurs souffrances et leurs difficultés, me disent qu'ils ont une bonne et une belle vie. Je ne vous parle pas non plus d'une heureuse année. Car, le bonheur ne tombe pas du ciel, il dépend souvent de la manière dont nous jugeons les évènements de notre vie. Il dépend surtout de la façon dont nous vivons notre existence. Les anciens Grecs avaient un très joli mot pour parler du bonheur : l'eudaimonia – de eu (qui signifie « bon ») et daimon (à l'époque on croyait que chacun portait en lui une sorte de « génie personnel intérieur », intermédiaire entre les dieux et les mortels, qui inspirait les jugements et les actions).

 

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Dire merci est le meilleur moyen d’être heureux

psycho bel 2012 maiArticle de Psychologie Magazine - Février 2013

Noël est déjà loin. Les lumières de la fête se sont éteintes mais, pour bon nombre d'entre nous, elles brilleront longtemps dans les souvenirs. Un beau sapin, de nombreux cadeaux, la famille réunie autour d'un savoureux repas. Lorsque j'y pense, j'éprouve une certaine tristesse car, pour moi, quelque chose est venu ternir ces moments de réjouissance. Un fait qui peut paraître anodin mais que je crois très important. Loin de moi l'idée de faire un procès à quiconque. Néanmoins, j'ai décidé de vous en parler. L'affaire remonte à la nuit du 24 décembre. Nous étions réunis autour de l'arbre. Mes neveux et mes nièces déballaient leurs cadeaux dans l'excitation et la bonne humeur. À peine avaient-ils ouvert un paquet qu'ils se jetaient sur un autre, sans vraiment prendre le temps de découvrir le présent qu'ils venaient de recevoir. Sans, non plus, dire merci à celui ou à celle qui le leur avait offert. Plus tard, nous nous sommes quittés, comme si aucun cadeau n'avait été échangé. Pas une fois au cours de la soirée, ils n'avaient exprimé leur gratitude. Cela m'a fait de la peine. Non pas pour moi mais pour eux.

 

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La peur qui fait vendre

psycho bel_2010_decembre

Article de Psychologie Magazine Belgique - Décembre 2010

L'hiver approche et, avec lui, une kyrielle de maladies. Le temps est venu de se protéger, nous dit-on. D'autant plus que nous vivons une époque dangereuse. Nos maisons sont envahies par des microbes en tous genres. Il faut donc nous laver les mains, souvent ; éviter les contacts, désinfecter tout ce que nous touchons, purifier l'air que nous respirons, porter un masque. Et, si ces précautions ne suffisent pas, nous pouvons nous faire vacciner ou prendre des antibiotiques, à titre préventif bien sûr.

 

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La danse m'a donné le goût de m'incarner

psycho bel 2012 maiArticle de Psychologie Magazine - Janvier 2013

Imaginez un enfant à l'allure chétive, le thorax déformé, les jambes tordues, mal à l'aise dans son corps, complexé et extrêmement émotif, moqué par ses camarades de classe à cause de sa trop grande sensibilité et, du coup, se tenant à l'écart, condamné à la solitude. Lorsque je me souviens de ce petit garçon, je ressens encore la souffrance que j'éprouvais alors. J'avais peur de tout. Peur des autres, peur de moi, peur de monter sur une chaise ou d'attraper un ballon. Je me tenais en dehors de la vie, j'étais triste et souvent désespéré. Heureusement, vers l'âge de dix ans, j'ai découvert la danse. C'est elle qui m'a sauvé. J'ignore ce qui m'a poussé à danser. Un instinct de survie, probablement. Mais aussi un sens du rythme qui éveillait des émotions fortes lorsque j'écoutais de la musique. Des émotions joyeuses, confiantes et libérées. De la fluidité et du plaisir. Un plaisir vécu dans le corps. Cela n'avait rien à voir avec le contentement que j'éprouvais à la lecture ou à la rêverie. Tout à coup, je me suis autorisé des mouvements que je n'avais jamais osé effectuer auparavant. La danse m'a donné le goût de m'incarner. Plus j'habitais mon corps, plus je désirais en faire l'expérience. Ce fut une découverte à la fois extérieure et intérieure, une exploration de l'espace autour de moi en même temps qu'une appropriation de l'espace en moi. Une source d'apaisement. 

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Le paradoxe du travail

psycho bel_2010_novembre

Article de Psychologie Magazine Belgique - Novembre 2010

Il est une croyance largement répandue selon laquelle nous serions plus heureux si nous pouvions travailler moins. Comme vous, sans doute, il m'arrive de penser que ma vie serait plus satisfaisante si j'avais davantage de loisirs. Et, pourtant, il semble que cela ne soit pas vrai. C'est ce que révèle une vaste enquête réalisée par le psychologue américain Mihaly Csikzentmihalyi. Car il ne faut pas confondre la satisfaction que nous éprouvons quand nous considérons les événements de notre vie avec recul et le réel contentement que nous ressentons lorsque nous sommes dans le feu de l'action. Pour éviter le biais des interprétations a posteriori, Csikzentmihalyi a demandé à des personnes de porter sur elles un petit boîtier électronique qui les obligeait à quantifier leur niveau de satisfaction et de bien-être, plusieurs fois au cours de la journée, en précisant si elles étaient en train de travailler ou, au contraire, de profiter d'un moment de loisir.

 

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Le temps est venu d’arrêter de tricher

psycho bel 2012 maiArticle de Psychologie Magazine - Décembre 2012

Décembre 2012 : le mois de tous les dangers. Nous y voilà arrivés. La première fois que j'ai entendu parler de cette date fatidique, c'était en 1999. Je venais de mettre un terme à ma carrière de chirurgien et j'avais le projet d'écrire un roman dont l'action se situait entre Paris, Londres, la Californie et la forêt guatémaltèque. Le synopsis mettait en scène une jeune femme inspecteur de police, séduisante et intrépide, confrontée à une secte millénariste qui prédisait la fin du monde pour le 20/12/2012. J'espérais à travers ce thriller esotérico-philosophique partager une réflexion à propos de l'évolution de notre civilisation. Malheureusement, en voulant exposer mes idées, je n'avais pas laissé suffisamment de place à mes personnages. De l'avis de plusieurs éditeurs, mon texte n'était pas assez romanesque. J'aurais mieux fait d'écrire un essai. Les recherches que j'effectuai alors m'amenèrent à consulter une série de documents selon lesquels le calendrier maya prophétisait la fin du monde pour le 20/12/2012. À l'époque, j'étais loin d'imaginer que cette information susciterait autant de passions et ferait la fortune de nombreux auteurs et cinéastes habitués à surfer sur la vague des angoisses collectives.

 

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Le bon choix

psycho bel_2010_octobre

Article de Psychologie Magazine Belgique - Octobre 2010

Acquérir une voiture, commander un canapé, essayer une paire de chaussures, acheter un vêtement, pour certaines personnes il s'agit d'un exercice difficile. Elles doutent, elles hésitent, elles voudraient être assurées de faire le bon choix, ce qu'elles considèrent être le meilleur choix. Longtemps, j'ai fait partie de ces gens torturés, en quête d'excellence et de perfection. Faire des courses était devenu unvéritable cauchemar. Jusqu'au jour où j'ai décidé de ne plus me poser vingt mille questions et de me satisfaire de mes trouvailles. Mes choix n'étaient plus les meilleurs ; ils étaient simplement bons pour moi et suffisants.

 

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Il faut arrêter de voler la mort aux gens !

psycho bel 2012 maiArticle de Psychologie Magazine - Novembre 2012

Lionel avait quarante-trois ans lorsqu'une bronchite difficile à guérir l'a incité à consulter un pneumologue. Ce dernier lui diagnostiqua une tumeur cancéreuse au niveau du poumon droit. Malheureusement la chirurgie et la chimiothérapie ne suffirent pas pour arrêter la progression de la maladie. D'autres tumeurs apparurent dans le poumon gauche, puis autour du coeur et dans le cerveau. Loin de se décourager, Lionel consulta d'autres spécialistes, il se rendit même à New York avec l'espoir de pouvoir bénéficier d'un protocole thérapeutique plus efficace. Il ne voulait pas mourir. Quarante-trois ans, quatre enfants encore petits et une épouse sans aucune qualification professionnelle. Il ne pouvait se résoudre à l'idée de partir si tôt. C'était trop tôt. Il voulait tenter l'impossible pour s'en sortir même si, il le savait, ses chances de guérison étaient faibles. Son but n'était pas tant de guérir que de rester en vie le plus longtemps possible. Les médecins lui proposèrent tout ce qu'ils avaient à leur disposition, des traitements les plus classiques aux remèdes encore expérimentaux. Rien n'y fit. Lionel commença à perdre du poids, il s'affaiblit et, après six mois de combat acharné, il dû se résoudre à rester alité, puis à être hospitalisé.

 

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Nombrilisme

 

psycho bel_2010_septembreArticle de Psychologie Magazine Belgique - Septembre 2010

Estime de soi, développement personnel, quête du bonheur, travail psychologique, réflexion philosophique, ne serions-nous pas en train de regarder notre nombril d'un peu trop près ? C'est une question que je me pose, en tant qu'homme mais aussi en tant que médecin et psychothérapeute. L'idée n'est pas de nous accuser d'égocentrisme mais plutôt de comprendre pourquoi les questions psychologiques et philosophiques prennent une place croissante dans nos sociétés. Une partie de l'explication me paraît résider dans la manière confortable dont nous vivons. En effet, le confort a un prix. Performance, surenchère, stress et surmenage. Vitesse, déracinement et disparition des repères. Perte de sens, manque d'espoir et dépression. Le mal-être est important. Le besoin de remèdes est criant. Cela signifie-t-il que les préoccupations d'ordre psychologique et philosophique sont l'apanage des sociétés nanties comme la nôtre ?

 

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